Les personnages iconiques dans le manga.

Basé sur l’Art Invisible de Scott McCloud, disponible aux éditions Delcourt.

Pour vous le procurer :

La bande dessinée en général et le manga en particulier mettent en scène des personnages aux traits simplifiés, si on les compare au visage d’une photographie ou d’un portrait qui se veut »réaliste ». Ces images simplifiées sont pourtant décodables par le lecteur qui les considère même comme aussi réel qu’un portrait photographique. On réagit tout aussi bien si ce n’est plus à un croquis humoristique qu’à une photo, on se sent concerné.

Un visage tend à se rapprocher de l’abstraction lorsqu’il est simplifié, mais en même temps, le fait d’expurger certains traits permet de mettre d’autres détails en valeur. On ne garde que la signification essentielle de l’image en l’ayant épurée, ce qui permet d’amplifier cette signification. Chose impossible à accomplir dans un dessin réaliste. On peut aussi ajouter que simplifier un visage permet de lui donner une dimension universelle : plus il est simplifié, plus il est susceptible de représenter un vaste nombre d’individus.

Mais pas seulement ça, c’est aussi l’identification du lecteur à un personnage qui est en jeu. Regarder une photographie, c’est regarder quelqu’un d’autre, autrui, une altérité irréductible. En revanche, regarder un dessin simplifié et arriver à y voir un visage, y investir des émotions; cela reviens aussi à investir de sa personne et de son ressenti dans le dessin en question pour l’interprèter.

Plus un dessin est simple, et plus on est susceptible de se reconnaître à travers lui. C’est ce qui peut expliquer l’universalité du succès des dessin animés et humoristiques, tous les publics et tous les âges y sont réceptifs.

Le graphisme de dessin animé est comme un vide dans lequel nous faisons rentrer notre propre personnalité. On ne fait pas que lire une BD, on s’y intègre. Plus la forme est abstraite, plus on peut s’y identifier.

A contrario, on ne s’attend pas à ce que le lecteur s’identifie à un arbre ou un mur de brique, ainsi les décors sont plus généralement dessinés dans un style non pas abstrait, mais réaliste. Les manga pratiquent quasi systématiquement ce décalage entre les deux. Cela permet à la fois de s’identifier au personnage et de se fondre en lui, tout en pénétrant en sécurité dans un monde riche de sensations.

Découvrez le second livre de Scott Maccloud : Faire de la bande dessinée.