Auteur amateur, Raoul Douglas est l’auteur de Gaspard et Susie et Dynamo, dont il vient d’achever le premier chapitre (Disponible à la lecture ici) aidé du pinceau de Zigenfruke.

Pour cette première interview, Raoul Douglas nous fait l’honneur d’accepter de répondre aux questions de la communauté de Manga sans frontières.

Vous pouvez découvrir son travail depuis son site personnelGaspard et SusieDynamo

  • – Quel est votre parcours ? (école d’art, autodidacte ?) Akioh
    Mon parcours : Bac S, puis école d’art et de Design d’Amiens (3 ans)
  • – Quelle importance accordez vous à la bande dessinée aujourd’hui ? Akioh
    La BD est importante pour moi car c’est le moyen de pouvoir faire tout ce que tu veux avec 0 budget. Tu peux faire toutes les images que tu veux avec un peu d’application. En gros t’as pas besoin d’effets spéciaux quoi. Ca peut paraître bête comme raison mais bon.
  • – Quelle est votre méthode de travail (étape par étape pour réaliser un chapitre) ? Akioh
    Ben elle n’est pas encore précisément établie. En fait sur Gaspard et Susie, je faisais la couleur à la main, et je superposait un scan en niveau de gris d’un crayonné propre et poussé. Je n’encrais pas quoi. Je me suis rendu compte que cette méthode me prenait trop de temps, et que je n’arriverais jamais à m’aligner sur les demandes de production du milieu, donc plus récemment, j’ai fait un nouveau test de Bande dessinée, Dynamo, où j’ai essayé de produire plus vite. J’ai encré sur des feuilles de layout, et fait la colo à la main (même si je ne disposait pas de palette graphique, donc c’est du tout à la souris quoi  Tire la langue ). Pour le coup, effectivement, là où j’ai mis tant de temps sur Gaspard et Susie pour faire 30 pages, sur Dynamo, j’en ai produit 54 en une petite année. Mais je me suis bien rendu compte de certaines grosses lacunes scénaristiques, et que le format auquel je m’était essayé était trop batard (manga couleur). Du coup, il faudrait encore aller plus vite sur ce format là. Certaines maisons étaient assez intéressées, mais on m’a dit qu’effectivement, elles ne « sauraient pas comment vendre » Dynamo. Ce qui est logique, vu que cette bande dessinée nage entre 2 eaux. Du coup, dernièrement, j’ai produit assez peu, j’ai surtout essayé de me mettre au niveau en ce qui concerne les techniques scénaristiques, en lisant plusieurs livres sur le sujet.Maintenant, je vais enfin me relancer sur un projet que je pense être beaucoup plus carré et réfléchi (pas en partant à l’aveuglette quoi), et vraiment mieux ciblé, et découpé vraiment pour un format franco-belge en 46 pages (voir 64 pages-2 cahiers de plus si je n’ai pas assez de place)
  • – Avez vous déjà collaboré avec un scénariste et si oui comment est-ce que ça se passe ? Akioh
    J’ai déjà essayé de collaborer avec un pote, mais c’est vrai que c’est assez difficile, il faut vraiment bien s’entendre. Et l’idéal, c’est vraiment pour le dessinateur de ne pas avoir du tout envie de raconter quoique ce soit, et de prendre le dessin de BD comme un taf sans aller plus loin (ce que j’ai du mal à faire).
  • – Qu’est-ce qui vous inspire en dehors de la bande dessinée ? (cinéma, histoire, littérature…) Akioh
    En très grande partie le cinéma, quelques romans, mais pour raconter une bonne histoire, qui nous touche nous, et de ce fait qui a des chances de toucher autres, il faut s’inspirer aussi de soi, de sa vie, de ses attentes, de ses déceptions, de ses joies, de ce qui nous a marqué, etc, etc. En gros, une histoire peut être la même, si elle est racontée par 100 personnes différentes qui se basent sur leur « soi-profond », chaque personne va la raconter d’une manière différente. Donc oui, il faut une bonne part d’introspection pour raconter un vrai truc bien, et c’est souvent la partie la plus difficile.
  • – Pourquoi / qu’est ce qui t’a poussé à choisir ce format hybride pour Dynamo « manga couleur » ? Sparta
    L’envie de ne pas me prendre la tête à « compresser de l’information dans les cases. Je voulais faire plus de pages, plus vite. Mais comme j’aime bien la colo, je me suis vite rendu compte que ça apportait beaucoup aux planches. En noir et blanc seul, c’était un peu pauvre.
  • – On « reconnait » assez une influence Akira Toriyama, non ? =p Sparta
    Tout à fait. Et au début c’était encore pire ! Dragonball a marqué les esprits.
  • – Est ce que tu jettes un œil sur le domaine amateur ? Qu’est ce que tu en penses globalement ? Sparta
    Étant donné que je suis un amateur, oui, forcément. Globalement, je constate que c’est difficile, et que les gens en chient quand même pas mal pour se faire éditer, et surtout être payés en regard du travail fourni. Y’a quand même des projets refusés des fois qui graphiquement envoient du bois. Du coup, des fois ça déprime, et d’autre fois, ça me fait me dire « si tel truc, tellement bien foutu, a été refusé, c’est qu’il doit y avoir un souci quelque part. Et souvent, ce souci vient du scénario, du fait que l’auteur n’arrive pas à bien se faire comprendre, à montrer qu’il sait exactement ce qu’il veut faire. À mon avis, super dessin ou non, trop « d’incertain » peut faire fuir un éditeur.
  • – Tu as l’air d’attacher une certaine importance au sérieux et de t’être renseigner pas mal sur le sujet, comment tu définirais le scénario et son importance en BD ? Rhyvia
    Comme dans tout autre domaine, il faut que le scénario soit adapté au media. Et oui, en fait c’est important d’avoir envie de raconter quelque chose, ce n’est pas le tout de faire des beaux dessins.
  • – Selon toi, La BD tiendrait plus du dessin ou du scénario ? Rhyvia
    À mon avis (ce n’est que ma supposition, il faudrait demander à des éditeurs ou directeurs de collection), les éditeurs regardent d’abord les planches, c’est pourquoi il faut les mettre tout de suite dans le dossier, d’entrée. Si ils voient que le dessin ne collent pas à leurs attentes, ou est trop faible, ils zappent. Si ils trouvent ça chouette, ils regardent la narration, le découpage, etc, et si c’est bon aussi, ils regardent de quoi ça parle, le synopsis.
    Après, il y a aussi des éditeurs (je ne citerai personne), qui se fichent pas mal de la personnalité des auteurs, ou de ce qu’ils ont envie de faire, et qui n’hésitent pas à demander : « Y’a telle BD qui a marchée aux éditions machin, j’aimerais avoir un truc de ce genre là ». Bref, copier sur son voisin quoi, pour essayer de se faire un peu de ronds. C’est pas très inventif.
    Pour le coup, là, ils se fichent de savoir si le scénario est bon ou pas, ils veulent juste un paquet cadeau, emballage un peu comme la BD de la maison d’édition d’à côté qui a bien marché.
    À mon avis, chez un bon éditeur, même avec un bon dessin, une BD avec un scénario faible ne passe pas.
  • – Est-ce qu’il y a quelque chose qui tu aimerais particulièrement transmettre en faisant de la BD ? Rhyvia
    Ça dépend des moments, et ça dépend aussi de la BD que je fais. En ce qui me concerne, ça tourne souvent autour de l’émancipation, du mensonge, des rapports parents/enfants, etc…
  • – Sinon, c’est amusant (et assez révélateur) de voir que le milieu amateur est tout de suite lié à celui de l’édition. x] Rhyvia
    C’est souvent ce que recherchent les amateurs, de se faire éditer. Pas tout le temps, mais disons que la BD ça prend quand même pas mal de temps, c’est rare de voir des non-professionnels tomber des planches juste pour tripper, sans espérer faire éditer leur travail derrière (ou alors juste des petites strips pour blogs).
  • – Quel matériel utilisez vous ? Avez vous des préférences ? Quelles en sont les raisons ? Admin
    Sur Gaspard et Susie, les planches sont au crayon (criterium), et la couleur ce sont des encres écolines. Tout à la main, je préfère, mais pour des raisons de productivité, dernièrement je m’oriente plus vers un encrage et des couleurs à l’ordinateur, même si je n’ai pas de palette graphique. Ca va plus vite, on peut changer ce que l’on veut, etc… Pour encrer, en ce moment je m’essaie au feutre pinceau Pentel, et des feutres plus ou moins larges, Paper Mate, Staedtler…
    Et c’est vrai qu’un bel encrage ça assoit bien une planche. Mais c’est un domaine difficile à maîtriser.

  • -Dans le mangas (ou la BD) y’ en a t-il certains qui t’ inspirent particulièrement ou simplement que tu apprécie plus que les autres ? Pour quelle raison ? Nykko 840
    Dans le manga, bien sûr Dragonball, pour le rythme, le découpage, les combats, la dynamique, tout quoi.
    Mais aussi Domu, Akira… pour le côté fantastique
    Gunnm pour l’univers science-fictionnel (hâte de voir l’adaptation de Cameron d’ailleurs) et l’école emportée/Baptism, pour le côté SF/epouvante.
    Bref pas mal de classiques en fait.
    En franco-belge, ben la quête de l’oiseau du temps, plus récemment j’ai bien aimé « Seuls », même si je reste sur ma faim. Mais c’est vrai que je ne lis pas tant que ça de BD en fait.
  • -Tu m’ as l’ air bien renseigné sur le sujet alors parmi les maisons d’ éditions que tu es allé voir, certaines t’ ont t-elles parue plus sérieuses ou peut être plus ouvertes? Si oui lesquelles ? =3 Nykko 840
    Oula ! Bien renseigné, non, pas du tout ! Je tiens à rappeler que je suis un amateur. Après, au salon d’Angoulème, c’est vrai que j’ai constaté que certaines maisons accordaient plus de temps aux rencontres que d’autres. Dupuis entre autres, n’hésite pas à faire des entrevues assez pointues et à expliquer comment corriger ton travail, quels sont les points qui pèchent pour eux, etc… alors que d’autres te disent juste de dégager sans t’expliquer pourquoi. Après je ne les ai pas toutes vues non plus.
  • -Le Reiatsu des éditeurs (énergie spirituelle)est il si écrasant que lui prête les rumeurs? =p Nykko 840
    Non, après ça reste mon impression. Mais je suis d’ordre général vachement moins intimidé ou impressionné par la personne qui va juger le travail produit que par la personne qui a produit le travail.
    En face d’un auteur dont j’admire le travail et qui va analyser mon taf, oui je serai impressionné et intimidé. En face d’un directeur de collection qui va me dire « ça ne correspond pas à notre ligne éditoriale, paske tes traits sont trop épais ou trop fins, et que le thème abordé dans ta BD n’est pas suffisamment semblable aux autres BD de cette collection », non, ça ne m’impressionne pas trop.
  • – Que conseillez vous à ces jeunes auteurs qui envisagent d’arrêter leurs études pour se consacrer à la bande dessinée ? Admin
    Tout amateur aimant assez la BD pour avoir pointé son nez à un festival et discuté un peu avec un auteur (et même sans ça), sait très bien que c’est un métier arasant et qui a très peu de chance de rapporter quelque chose. Ce n’est un secret pour personne. Si les gens continuent, c’est parce que c’est ce qu’ils veulent. D’autre part, je doute qu’il soit possible de pondre un 46 pages couleur en une année (4 planches minimum par mois) en ayant un travail à côté qui prenne la moitié de la journée (ou alors vraiment un temps partiel non régulier).
    La BD c’est très mal payé, et paradoxalement à ça, il y a tellement de gens qui veulent en faire. Allez savoir…
    Si vous voulez de l’argent, privilégiez des couvertures pour les catalogues de conforama plutôt qu’une BD.
  • – Au vu de tes réponses, tu as l’air de t’intéresser beaucoup au cinéma, même presque plus la BD. Du coup, comment tu es arrivé à faire des études là-dedans ? Rhyvia
    Ça reste deux secteurs assez proches et souvent complémentaires, BD, Animation, Cinéma. Après, je suis toujours resté sur la BD car j’aime bien tout faire par moi-même, au moins je suis le seul responsable du rendu. Si je dois être content, je suis fier de moi, si le rendu ne me plaît pas, c’est moi que je dois blâmer.
  • – Est-ce que tu as vu Evangelion et qu’est-ce tu en as pensé ? Rhyvia
    J’ai eu ma période ou j’étais à fond dans Evangelion, j’en ai profité après pour regarder les quelques autres animés d’Hideaki Anno (Nadia, Kare Kano). Après, avec le recul, je suis partagé. Evangelion est un bel animé, mais le coup du message de Anno, genre « on va faire un super animé dont tous les oatku vont être trop fan, comme ça à la fin je vais pouvoir leur caser ma petite leçon de morale : Hey, bandes d’Otakus, levez vous de votre canapé et sortez dehors et arrêtez de regarder des animés, c’est pas ça la vraie vie »
    Disons que je trouve ça à la fois culoté et un peu abusé. Saborder sa propre série genre « ben en fait tout ce que je vous ai servi c’était du flan pour vous faire plaisir, exactement ce que vous aviez envie de voir, avec plein de symbolique de partout qu’on a pêché à droite et à gauche, mais tout ça c’était pour servir mon message. »
    Apparement c’était aussi l’intéret d’un de ses précédents animés que je n’ai pas vu « Otaku no Video ». Enfin bref, partagé quoi.
  • – Pouvez vous nous en dire un peu plus sur le projet que vous murissez ? Admin
    Je vais découper ça et présenter ça aux maisons en tant que one-shot de 46 planches. Ça se passera dans un village isolé au milieu de la forêt. Mi fantasy, mi Science fiction. Mais c’est difficile, car pour la première fois je vais me heurter à dessiner un univers semi-réaliste, un domaine dans lequel je ne me sens pas encore bien à l’aise. Il y aura 4 personnages principaux. Une femme rendue folle par la religion, un petit garçon qui serait le fils de dieu, une jeune fille démone qui se cache dans la forêt, et son père (personnage plus secondaire), un paysan.
Un grand merci à Raoul Douglas d’avoir répondu à toutes les questions des membres de MSF-fr.