POUR EN FINIR AVEC LES FLASHBACK

Par Yagi et Akioh

Notre but avec cet article n’est évidemment pas de décourager toute tentative future d’utiliser des flash back dans votre narration, mais de rappeler qu’il existe de nombreuses autres façons de développer ses personnages que par des retours en arrière. On constate qu’ils ont tendance à être utilisés beaucoup trop souvent dans la sphère amateur et de manière grossière (on peut avoir un personnage profond sans qu’il ai assisté obligatoirement au meurtre de ses parents étant enfant !), les autres techniques étant largement délaissées (gestuelles, couleur, typographie, effet d’annonces, principe de réputation, tics de langage, personnages secondaires…). Nous proposons dans cet article quelques pistes à explorer en la matière.

Évoquer le passé des personnages par les dialogues.

Le moyen le plus évident est de caser des informations sur les personnages dans le cadre d’une de leur conversation. La difficulté est d’intégrer cela de façon fluide, sans que cela soit trop flagrant ou insistant. Évoquer le passé sous forme d’anecdote permet de faire travailler davantage l’imagination du lecteur.

Dans La Corde d’Alfred Hitchcock, la relation entre les personnages de Philip et Brandon est à peu près clarifiée en une seule phrase (ils sont camarades depuis le lycée et Brandon domine psychologiquement Philip). Le film se déroulant en temps réel, il eut été impensable d’ajouter un flash-back dans cette scène, sans parler du rythme qui en aurait pris un coup.
film hitchcock la corde structure narrative

Dans Metal Gear Solid 1, qui est sorti sur Playstation en 1998, plusieurs personnages évoquent leur passé (en faisant par exemple référence à d’anciens volets de la saga sortis sur d’autres consoles). La technologie de l’époque ne permettant pas de faire des cinématiques élaborées, la plupart des informations de ce genre sont données dans le cadre de communications entre les personnages, et permettent d’étoffer considérablement leurs personnalités.

Dans Star Wars épisode IV, un Nouvel espoir, le personnage d’Obi-Wan Kenobi parle à Luke Skywalker de son père, Anakin Skywalker. C’est l’occasion d’évoquer l’amitié qui le liait à son père, ainsi que le régime de l’ancienne République qui était en place à l’époque. La scène est très évocatrice, et se prête bien à la passation de pouvoir, notamment par la transmission du sabre laser à Luke.

Regardez le passage, réfléchissez à toutes les informations qui sont communiquées en à peine quelques minutes, à leur rôle à ce moment de l’histoire et à toutes les conséquences qu’elles impliquent dans la suite de la trilogie.

Jouer sur les bulles et les typographies.

Changer la police de caractère, la forme ou la couleur des bulles en fonction du personnage qui parle peut être un moyen d’appuyer une facette de sa personnalité, et de modifier l’intonation de sa voix dans l’esprit du lecteur.

Dans The Dark Knight Returns, de Frank Miller, les 5 personnages clé ont une couleur de bulle de narration différente (Batman en marron, Carrie en jaune, Joker en vert, Superman en bleu, Gordon en noir). Cela permet d’appuyer de mettre en valeur le point de vue de chacun sur l’histoire, leurs morales respectives, et les conflits qui en découlent.

Évocation de l’odorat.

Une piste encore très peu exploitée aujourd’hui, à savoir d’évoquer l’odeur que peut dégager un personnage.
Rorschach dans Watchmen.

Effet d’annonce.

Consiste à parler plus ou moins longtemps à l’avance d’un personnage qui n’est pas encore apparu dans l’histoire. Cela peut permettre au lecteur de se faire une idée (parfois délibérément fausse) du personnage en question avant même que l’on sache à quoi il ressemble. Il suffit de penser à la façon dont la réputation d’une personne vous affecte dans votre façon de la juger. Vous ne réagissez pas de la même façon a quelqu’un suivant qu’on vous l’a présenté comme un médecin de renom ou comme un repris de justice.

Le film Reservoir Dogs évoque un braquage de banque qui a mal tourné. La particularité étant que le braquage en question n’est jamais montré. Le personnage de Mr.Blonde, l’un des braqueurs, n’apparaît qu’aux environs de la vingtième minute. Pourtant il est évoqué plusieurs fois par d’autres personnages comme étant maniaque et imprévisible. Au moment où il apparaît enfin, il aborde une pose très décontractée, tout en sirotant un soda, si bien qu’on ne sait plus quoi penser de lui.

Asseoir la réputation du héros.

Par l’utilisation d’une phrase récurrente, que tous les personnages prononceront dès qu’ils rencontrent le héros. Cela permet d’insister sur l’aura que dégage un personnage et sur le passé mythifié qu’on lui attribue.

Dans New York 1997, tous les personnages qui rencontrent Snake Plissken lui disent « Je te croyais mort » (I heard you were dead), ce qui renforce son caractère Badass/tueur solitaire/héros de la guerre sans avoir à donner plus d’explications.

Tics de langage.

Chaque personne a ses habitudes et ses tics de langage, et réussir à en donner de crédibles à vos personnages sera un gage de réalisme et leur confèrera plus d’épaisseur. Il faut bien observer les gens autour de soi, se demander quels mots et quelles expressions reviennent souvent. En poussant l’exercice de façon caricaturale, on peut créer un effet comique.

Tintin, capitaine Haddock.

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Un personnage témoin.

C’est un procédé qui consiste à utiliser un personnage externe et de moindre importance pour le faire témoigner de ce que font les personnages principaux. Cela permet d’avoir un point de vue différent, et de multiplier les perceptions que l’on peut avoir des protagonistes.

Personnage témoin technique narrative manga apprendre

Une silhouette iconique.

Graphiquement, il existe de nombreuses manières qui permettent d’identifier un personnage du premier coup d’œil et de lui donner une vraie personnalité dès qu’on l’a en vue. C’est moins simple que de se contenter de changer de coiffure d’un personnage à l’autre mais il existe quelques trucs.
Certains personnages de bande-dessinée sont devenus si emblématique… qu’il suffit de voir leur silhouette pour les identifier.

silhouette iconique lucky luke

Bien sûr, un style un peu cartoon facilite une plus grande variété de silhouettes, de corps. Mais même dans un style plus réaliste, il est important de varier, ne serait-ce que les tailles des personnages les uns par rapport aux autres. Si les X-men ont souvent la même musculature parfaite, le côté petit et trapu de Wolverine le distingue aisément de ses comparses, participant à lui créer une identité visuelle très forte et participant à rendre ce anti-héros sympathique et inoubliable.

 

Le costume

S’ajoute à ça le costume bien sûr qui renseigne à la fois sur le caractère du personnage (le loufoque sera bariolé, le sérieux portera une chemise etc.), sur sa situation (un super héros ne porte pas la même tenue pour sauver le monde et pour sortir son chien) sur son univers, son époque, (La cotte de mailles se porte rarement aujourd’hui en ville), sur sa classe sociale (un clochard n’est pas habillé comme un homme d’affaire) etc. Un costume bien choisi, même simple, peut faire beaucoup pour le personnage

Symbolique des couleurs

Le code des couleurs que l’on voit très bien suivis dans les dessins animés Disney par exemple, participe à la distinction des personnages et nous renseigne immédiatement sur leur rôle à jouer dans l’histoire.
Dans le long métrage Disney : Raiponce, la princesse et son voleur arborent des couleurs pastelles très douces tandis que la sorcière s’exhibe dans une robe d’un rouge sombre. Il n’est bien sûr pas exclu de se jouer des codes, en tous les cas, une gamme de couleur précise peut grandement faciliter l’identification d’un personnage dans l’esprit du lecteur.
Devinons qui est la méchante.

 

 

Les accessoires personnels.

Un accessoire approprié peut devenir l’emblème du personnage, l’évoquer même lorsque le personnage est absent, annoncer sa venue en apparaissant avant lui.
La canne du docteur House en est un bel exemple.

La gestuelle.

La gestuelle d’un personnage, sa manière de marcher, de bouger (voire de parler) peut être retranscrite en bande-dessinée. Et donner beaucoup de personnalité au personnage avant qu’il ne prononce un mot. Ou même prédire ses actions. Un détail dans l’attitude peut faire la différence.

On remarque dans Gaston Lagaffe que ce dernier, au repos, garde les mains ouvertes ballantes ou croisées
derrière son dos dans une attitude passive, tandis que tous les énervés : Fantasio, Prunelle et Longtarin, ont souvent les poings qui se crispent avant même qu’ils ne se mettent à crier ; attitude qui les trahit.