Interview de Jacques Louis – Auteur de «Le chômeur et sa belle»


Salut à tous ! Nous accueillons aujourd’hui Jacques Louis, un auteur de 27 ans, dont le premier album, «Le chômeur et sa belle», vient de sortir en librairie, chez Dupuis. Rendez vous sur son blog pour lire quelques planches !

Une interview conduite par Dragonfly

– Pour commencer, pourrais-tu nous expliquer ton parcours dans le dessin et la BD ?

J’ai commencé à dessiner et à raconter des histoires très jeune, et j’ai longtemps suivi des cours du soir de dessin, où je mettais au point des projets de science-fiction, et des histoires dans un style plus ou moins réaliste. A vingt ans, j’ai cherché à me lancer à plein temps dans ce projet, à côté de ça, j’étais chômeur et entretenu par ma copine. Après quelques essais infructueux, j’ai arrêté la SF et me suis lancé dans l’humour via un blog, «Roudoudou et Petite Bouclée» des personnages basés sur ma copine et moi. Le projet a plu à Benoît Fripiat éditeur chez Dupuis, et a été signé en 2009. En 2010 j’ai été pré-publié dans Spirou, en 2011 le projet a été proposé sur MyMajorCompany BD, et en 2012 enfin, le voilà en librairie. Du blog à la publication, le projet aura du mûrir pendant 5 ans environ.

Ça fait beaucoup de temps ça ! Cela montre qu’une idée ne doit pas être mise en forme du jour au lendemain, et qu’il faut bien prendre le temps de la perfectionner.

– Quelle est la démarche que tu as suivie pour trouver un éditeur ?

J’ai essayé d’envoyer des dossiers à gauche à droite, mais la meilleure démarche que j’ai faite et qui m’a aider à trouver un éditeur, c’est d’aller chaque année au festival d’Angoulême présenter mon book aux éditeurs. C’est douloureux et décourageant mais c’est la meilleure manière de comprendre dans un premier temps pourquoi on n’est pas publié.

C’est vrai que c’est toujours mieux de rencontrer les éditeurs pour qu’ils t’expliquent directement ce qui ne va pas.


– Ton album a été financé sur le site participatif MyMajorCompany BD par des internautes-éditeurs. Comment en es-tu arrivé là ?

L’album était fini depuis un ou deux mois (à part l’habillage et deux trois choses) et on cherchait un moyen de le lancer avec une bonne visibilité. Le site MMC cherchait des projets déjà aboutis pour se lancer, le but de MMC est de découvrir et lancer de nouveaux talents, mais pour se lancer avec deux trois jauges à remplir dès le début, ils ont demandé l’aide de média-participations.


– Si j’ai bien compris, l’idée de base de «Le chômeur et sa belle» est autobiographique ?

Oui tout à fait, même si les personnages ont maintenant leur vie propre. «Le chômeur et sa belle», c’est l’histoire d’un couple à ses débuts, qui emménage ensemble au bout de trois mois. Lui est un vrai glandeur, amateur de mal-bouffe et de jeux vidéos, elle est travailleuse, obsédée par son poids et assez maniaque… Il s’aiment à la folie, mais ont mille raisons de se déchirer.


– Est-ce qu’il y a quelque chose que tu aimerais particulièrement transmettre à travers ce projet ?

J’ai envie de parler de couple, j’ai envie qu’à travers cette BD on puisse réfléchir sur son propre couple. On est faits de contradictions et on est parfois capables sans s’en rendre compte de dire des choses et de faire le contraire, c’est de cela dont la BD parle. Le couple a les meilleures intentions du monde dès le début, mais il faut quelques réglages pour que les caractères finissent par se comprendre mutuellement.

– Le plus dur de ton travail est de trouver un chute drôle pour chaque gag, je me trompe ?

Oui, et non ! En fait, si tu fais attention à ce point précis sur chaque planche, tu verras qu’en fait il y en a pas mal qui se terminent sur une note tendre voire même triste par moment. Je m’efforce à créer le déroulement le plus drôle possible, et c’est ce qui est le plus dur pour moi, tandis que la chute dont tu parles n’est en général qu’une conclusion logique du récit. Je considère personnellement que se mettre la pression toute une planche et essayer de faire rire le lecteur en arrivant à la dernière case est un challenge compliqué, voire impossible. Mieux vaut créer un récit qui le mette naturellement de bonne humeur, tout le long. Et essayer de le faire rire au moment où il ne s’y attend pas. En fait je pense que faire un schéma classique de gag en une planche avec une chute à la toute fin, consiste à raconter une blague en prévenant avant la chute : «Attention, vous allez rire maintenant». Une pression dont je me passe bien.


– Quel matériel utilises-tu pour réaliser tes planches ? Quelle est ta méthode de travail ?

Je fait l’équivalent de mes crayonnés sur un écran tablette Cintiq (Wacom®), et je les imprime en gris clair. Par dessus cette impression, je fais un encrage classique au pinceau, que je scanne et mets en couleur assez basiquement à Photoshop®.


– Quel est ton rythme de travail (pour une planche, pour un tome…) ?

Une planche par semaine en principe mais j’ai besoin de quelques mois pour mettre l’album en route, avant de commencer les planches. J’ai besoin d’avoir une trame narrative assez poussée avant de créer les gags.

Une planche par semaine, rien que ça ! Un album représente donc bien l’aboutissement d’un énorme travail en amont.


– Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Mon quotidien et mon vécu essentiellement. C’est la meilleure manière d’être crédible dans ce que l’on raconte : s’inspirer de son expérience et de ses propres états d’âmes.

– Il y a d’autres projets que tu tiens à réaliser ?

Il y en a quelques uns que j’ai en tête, mais je n’ai pas vraiment l’occasion de les développer. Actuellement, je suis fort occupé sur le tome 2 du chômeur.


– Ce deuxième tome est d’ailleurs en cours de financement sur MyMajorCompany BD. Qu’est-ce qu’il nous réservera ?

Le tome 2 commence sur l’anniversaire des deux ans du couple. Un petit dîner qui sera perturbé parce que la belle va passer sa soirée aux toilettes avec des nausées. Il faut dire qu’elle en a régulièrement, des nausées, ces derniers jours…

Oh ! Ça a l’air très prometteur tout ça !


– Un petit conseil à donner à nos auteurs amateurs qui souhaitent se faire publier ?

Il faut s’accrocher ! Croire en ce que l’on fait et garder une chose à l’esprit : quelque soit l’univers que l’on met en place, il ne peut fonctionner que si les personnages que l’on crée existent vraiment.


– Un grand merci à toi pour t’être donné la peine de répondre à nos questions. Un mot pour tes (futurs) lecteurs pour finir ?

Un grand merci à toi pour l’interview, et pour mes futurs lecteurs, je leur conseillerais de sortir les chips ou les pop-corn, de s’affaler dans le canapé avec une bonne boisson fraîche, parce que c’est comme ça qu’ils pourront lire la BD dans de bonnes conditions. Merci à tous et à très bientôt !

 

Retrouvez Jacques Louis et «Le chômeur et sa belle» sur son blog : http://roudoudouetpetitebouclee.over-blog.com/ et sur MyMajorCompany BD : http://www.mymajorcompanybd.com/#!/jacques-louis ainsi qu’en librairie !