Une interview de BloodyAki, auteur de Apple Strength, menée par Abysson.

Pour lire le premier chapitre de Apple Strength gratuitement, c’est ici : Apple Strength

-Depuis quand as-tu commencée à dessiner et comment as-tu appris ?
Comme pas mal de dessinateurs, je dessine depuis que je sais tenir un crayon, c’est-à-dire depuis que j’ai environ cinq ou six ans. Je tentais de reproduire à peu près tout ce qui me plaisait, des fleurs du jardin à dragon ball, tout en passant par le fauteuil de ma grand-mère. J’ai appris en grande partie en autodidacte, n’ayant suivi de cours réellement approfondi dans le domaine qu’après le bac, durant une année de Mise à Niveau en Arts Appliqués. Jusqu’en 5ème je recopiais essentiellement les styles que j’aimais, jusqu’à ce que je décide d’entamer une recherche de moi-même, d’un style qui me soit propre.

-Qu’est-ce qui t’as motivée à faire de la BD ?
L’amour du dessin et des histoires fictives à raconter ont été, et sont toujours d’ailleurs, mes premières motivations. Grâce à ma mère, je lisais énormément de Bandes Dessinées empruntées à la médiathèque. Aussi j’ai commencé à vouloir raconter et partager mes propres histoires à huit ans. Depuis, je n’ai pas décroché !

-Comment t’es venue l’idée de créer Apple Strenght ?
A vrai dire, l’idée de « base » comme j’aime bien l’appeler, c’est-à-dire sans scénario ni histoire précise, m’est venue lorsque je faisais ma Mise à Niveau en Arts Appliqués. J’avais déjà un projet BD dont je travaillais et retravaillais le scénario depuis trois ans sans jamais réellement le concrétiser, puisqu’il manquait quelque chose que je n’arrivais pas à définir. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à penser à ce qui est aujourd’hui Apple Strength. Je me suis souvenue que j’adorais les contes de fées ainsi que les légendes, et je me suis alors demandée ce que pourrait donner une histoire introduisant mes combattants musclés dans un univers de contes. La chanson « Alice Human Sacrifice » (Vocaloid) m’a également poussée vers cette réflexion. Je commençais alors quelques esquisses, sans vraiment penser que je réaliserai un jour concrètement cette histoire. C’est d’ailleurs en grande partie grâce au concours de BD sur Amilova.com que je me suis lancée sur ce projet ! En construisant le scénario, j’ai finalement fusionné mon premier projet jamais commencé avec cette idée qui me trottait dans la tête depuis plusieurs mois. Ce qui a donné Apple Strength.

-La couleur semble être omniprésente tout au long de tes planches, pourquoi ce choix pour une BD se voulant manga ?
Et bien, tout d’abord, je suis extrêmement attachée à l’illustration, qui m’a longtemps permis de mettre en scène et partager les idées venues de mes différents projets non réalisés. Je me suis installée dans mon petit style de dessin et de colorisation que j’affectionne particulièrement, et j’aime autant la colorisation que le dessin en lui-même. Bien qu’ils puissent être séparés, et que je privilégie le dessin, je pense qu’ils forment également un tout, un ensemble. Ainsi, mes planches sont pour moi comme des illustrations, en quelque sorte. L’autre raison de ce choix vient de mon attachement pour les couleurs. Je n’ai rien contre le noir et blanc, les trames, etc. mais la couleur est très importante dans ma vie depuis bien longtemps. Mes rêves sont également très colorés. Je pense que la couleur donne le ton d’un univers, elle ajoute des informations, et souvent même, beaucoup de vie.

-Quelles sont tes inspirations ?
Je ne vais pas faire dans l’original, mais il y a bien trois grandes inspirations, depuis que je suis toute jeune : les mangas, les comics marvel et les dessins animés occidentaux, généralement de disney. Parmi les mangas, il y a eu entre autres Dragon Ball, dont j’étais fan depuis toute petite, ainsi que les œuvres de Hiroyuki Takei (Shaman King, Ultimo) qui est mon mangaka favori. En ce qui concerne les disney, par exemple je suis fascinée par le réalisme des expressions et des mouvements des personnages quand bien même le style de dessin se veut très peu réaliste, plus fictif. J’essaie au possible de donner cette impression de mouvement à mes personnages, tout en gardant en tête qu’il s’agit d’une Bande Dessinée, et non d’un Dessin animé.
Je suis également très inspirée par la musique en général, elle me permet souvent d’avoir de nouvelles idées concernant mes illustrations ainsi que l’univers d’Apple Strength.

-Travailles-tu seule sur Apple Strenght ?
A la base, oui je travaille seule, mais je sollicite régulièrement l’aide de mon amie Tetsu, qui m’aide ainsi à gagner du temps en posant mes aplats de couleurs selon les codes que je lui donne. Ça demande une organisation différente, mais ça me permet de prendre un peu d’avance dans mes Linearts etc.

-Quel est ton rythme de travail ?
Comme Apple Strength est avant tout un webcomic, je m’efforce de le mettre à jour au moins deux fois par semaine, généralement le Mardi et le Vendredi. Je commence par prendre de l’avance sur les storyboards (avoir au moins plus d’une dizaines de planches de storyboards, voire si possible, le chapitre entier). Je réalise le Lineart et la mise en couleur page par page, bien que j’essaie au possible d’avoir au moins un ou deux Lineart d’avance. En revanche, quand j’ai dû boucler le tome 1 pour l’impression, je faisais tous les Linearts du chapitre avant de me lancer dans la colorisation.

-Concernant ton projet, as tu tenté / pensé à l’édition papier ?
Oui, du moins, dans le cadre de l’auto-édition. A l’occasion de la Japan Touch 2012 à Lyon, j’ai auto-édité le tome 1 d’Apple Strength. Bien que ce fut une très bonne expérience, que je serai prête à renouveler, cela reste assez difficile financièrement parlant. Il faut être sûr de vendre afin de pouvoir rentabiliser le coût des impressions. L’édition professionnelle me tente également, mais je préfère attendre de m’améliorer, mais aussi attendre d’avancer un peu plus dans Apple Strength avant de me lancer.

-Participes-tu à des conventions, des expo ? Peut-on te retrouver, toi et ta BD, quelque part ?
Lorsque l’occasion se présente, oui. Etant originaire de l’île de la Réunion, je n’ai pu participer aux conventions qu’une fois après être venue en France pour mes études, c’est donc encore très récent (ça ne fait que deux ans), mais j’ai pu participer à la Japan Expo 2012, et plus concrètement à la Japan Touch 2012 à Lyon. Financièrement, je ne peux pas me permettre de participer à beaucoup de conventions, mais il y a des chances pour que je sois présente à la Japan Expo de Paris en 2013, sur un stand partagé avec des amies. Rien n’est encore sûr, à vrai dire !

tablette graphique bamboo fun wacom

Wacom Bamboo Fun Pen & Touch CTH-470S Tablette graphique USB Taille S

-Avec quel matériel tu travailles et pourquoi ce choix ?
Mon seul véritablement matériel se résume à ma tablette graphique Bamboo Fun, et mon cher petit ordinateur portable, que je surnomme affectueusement « Warrior » car il tient relativement bien le coup alors qu’il n’est absolument pas adapté à ce que je fais d’un point de vue graphique (et qu’il n’a pas coûté très cher). Quand il s’agit de dessin, je me contente aussi très bien d’un crayon, voire d’un stylo bic, puisque j’aime bien faire quelques croquis au stylo. Autrement, je travaille le dessin sur tablette, tout simplement parce que je m’y sens mieux, pour m’exprimer. Ce n’est pas une question de facilité car la tablette ne fait pas tout, il n’y a pas d’outil « dessin magique » sur les logiciels. En revanche les touches ctrl+z existent, pour notre plus grand bonheur ! En ce qui concerne le logiciel, j’utilise Open Canvas 4.5e plus pour le dessin, et Photoshop 7 (oui, le 7) pour les lettrages.

-Tu penses faire d’autre projet BD plus tard après Apple Strenght ?
Apple Strength est ma priorité actuellement, et également mon plus gros projet du moment. Ceci étant, j’ai pas mal d’idées qui me viennent assez régulièrement en tête, mais je préfère les noter et les mettre de côté pour le moment venu ! Pour le moment Apple Strength devrait durer suffisamment longtemps pour m’occuper un sacré petit bout de temps !

-Lis-tu des BDs amateur ?
Dès que je le peux, oui, même si j’ai rarement le temps de le faire. Et pourtant, il y a de véritables petites perles, je suis même certaine de passer à côté de beaucoup d’entre elles ! Malheureusement, à m’occuper de mon propre projet, je manque de temps pour faire attention à ceux des autres, même si pas mal de BDs amateurs m’intéressent. J’espère un jour pouvoir prendre le temps de les lire toutes. Cependant, bien que ça puisse paraître ironique venant d’une auteur de webcomic, je suis assez rebutée par la lecture en ligne. Le temps que la page charge, etc. je me lasse très vite, et je préfère de loin les versions papier ! C’est pourquoi je le dis, chers confrères amateurs, n’hésitez pas à faire imprimer si vous en avez l’occasion !

-Ton livre de chevet ?
Les tomes de Shaman King d’Hiroyuki Takei. Mais puisqu’ils ne sont pas avec moi en France, je dirai Ultimo, du même auteur. Je n’ai pas vraiment « un » livre de chevet en particulier finalement.

-As-tu une petite astuce de BD perso à donner ?
D’un point de vue plus « technique » je dirai : bosser plusieurs pages de Linearts (encrage) avant d’entamer la colorisation ou le tramage ! Ça permet de garder un rythme, d’avancer vite sans perdre de la qualité. Aussi, essayer de faire différents angles, imaginer les scènes comme si on les voyait animées, et surtout, ne jamais hésiter à se servir soi-même de modèle pour les poses !
Quoi qu’il en soit, aimer ce qu’on fait : le premier fan d’une BD doit être son propre auteur, sans quoi il n’y aurait pas de passion ! Pour terminer je dirai qu’il faut être attentif aux commentaires et critiques des lecteurs, mais ne jamais changer un scénario uniquement en fonction de leurs envies : un lecteur désir être surpris, lire la BD d’un auteur, pas forcément une BD sur demande. Et puis, l’auteur doit s’assumer, et montrer son histoire telle qu’il l’imagine, après tout !
Pour lire Apple Strenght, rendez vous ici : Apple Strength

Un grand merci à BloodyAki, dont vous pouvez consulter la galerie deviantArt ici : BloodyAki